What a glorious day !

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27 octobre 2009

"Des souris et des hommes" de John Steinbeck

Dessourisetdeshommes_copie_1Lennie et George vont de ranch en ranch depuis, peut être, toujours. Ils trainent leurs guêtres et leurs espoirs avec la même facilité. Ils rêvent encore alors qu'ils arrivent dans une énième exploitation près de Soledad en Californie. Les événements vont cependant s'enchaîner, et tout va peu à peu dérailler, inéluctablement.

Des souris et des hommes est de ces ouvrages où il ne fait pas bon vivre, où le pessimisme ambiant colle à la peau de tous, au "nègre", à la femme, à tous ces miséreux. Steinbeck brosse, en trois coups de pinceaux -150 pages- un portrait peu flatteur de cette Californie qu'il connaît bien.
C'est cependant de manière légère, jamais ambivalente, que les scènes se succèdent, à une vitesse effrénée, par le biais d'un rythme affolant de justesse et de phrases laconiques et puissantes -au diable la superficialité du style à outrance.

Quant au fond, il est pénible et révoltant, juste ce qu'il faut. On ne s'en remet pas. La lecture à peine entamée, on se doute déjà que tout cela finira mal, et des mains de George -sinon, ce n'est pas drôle.
La dernière scène est tout bonnement déchirante, à la seconde où George apparaît et dit très simplement à Lennie qu'il ne le grondera pas, on sait. On sait que l'inéluctable se produira, est en train de se produire, et que la ligne d'après sera peut être celle-là, on continue alors, parce qu'il le faut bien. La phrase arrive bien sûr, et l'on s'écroule un peu, malgré tout, devant l'ampleur de ce texte, devant celle de la vie de ces personnages avec lequel on a vécu -et c'est là tout le talent de Steinbeck que de faire ressentir à son lecteur cette misère humaine, plus qu'un long discours et des pleurnichements.
On a pourtant passé si peu de temps avec eux. Mais l'empathie s'est installée, en un rien de temps, sans que l'on se rende bien compte, sans que l'on ne comprenne pourquoi on pleure sur le sort de Lennie, de George et de Candy, sur leurs rêves avortés, sur cette insatisfaction que l'on avait vu arriver à des kilomètres alors qu'eux-mêmes -les bons bougres !- pensaient pouvoir y échappaient. La dureté du sort dans toute sa difficile splendeur, apaisée par les mots simples de Slim mais incomprise par la majorité de ces hommes incultes.
Et cette dernière phrase que révèle un peu tout ce qui ne va pas chez les hommes : "Qu'est ce qu'ils peuvent bien avoir qui leur fait mal, ces deux-là, t'as idée, toi ?".

On retiendra Des souris et des hommes la souplesse des phrases qu'il contient, l'engagement de son auteur, la crédulité des situations, le lien indéfectible entre deux hommes, rompu malgré tout, parce que "y a des choses qu'on est obligé de faire, des fois". Surtout, on pensera à ce texte, longtemps après.   

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20 octobre 2009

Lectures d'été (2)

"Dans la main du diable" d'Anne-Marie Garat

dans_la_main_du_diable_garatL'auteure souhaitait renouer avec la tradition romanesque des plus grands, et c'est en partie réussi. J'ai beaucoup aimé son écriture, qui, par son caractère désuet, et partant peu original, m'a rappelé les lectures de ces classiques si gourmands et délicats. Pourtant, Anne-Marie Garat, malgré son aisance à raconter, ne parvient jamais à emporter complètement son auteur. La faute au fond : un manque manifeste de subtilité, des personnages assez naïfs et plats, une intrigue cousue de fil blanc et de longues digressions qu'il aurait mieux valu élaguer.

"Le portrait de Dorian Gray" d'Oscar Wilde

dorianUne relecture nécessaire tant ce monument ne m'avait pas laissé un souvenir impérissable. A ce jour, tout est réparé : au delà d'une intrigue par trop ressassée, le roman d'Oscar Wilde m'a enchanté, tant au niveau du fond que de la forme. Par rapport à celle-ci, nul doute que le style daté de l'auteur ne cessera de me titiller, je ne m'en remettrai pas avant longtemps. Tout se tient, des dialogues aux réflexions brumeuses, la maitrise est totale. Quant au fond, les pensées assassines de Lord Henry m'ont fait rugir d'horreur comme elles m'ont ravies. Un texte bien singulier, si subtil qu'il en est insolent, si peu rigoureux qu'il en est édifiant. Des personnalités qui se peignent devant nos yeux, Dorian Gray bien sûr, Lord Henry aussi. Un statut de chef d'œuvre mérité -je n'aurais pas eu l'audace de dire le contraire.

"Le dernier samouraï" de Helen Dewitt

dernierJe me rappelle à peine de la trame de ce roman très particulier, que j'avais apprécié sur le moment, malgré quelques passages à l'intérêt limité. Les personnages sont foutrement attachants, bien sûr, leurs préoccupations et leurs égarements ont ce charme discret, qui peut déraper à tout moment. Au fil des pages, le lecteur en vient à dérailler, l'auteure en fait trop et pas assez, elle se borne à emprunter la même direction, que l'on trouvera bien définitive. La facétie du début soudain se désintègre, les sourires s'estompent, ne reste plus que l'intrigue, celle qui fait avancer cet enfant, et qui déçoit le lecteur impuissant.

"La Tour des Anges" de Phillip Pullman

pullmanJ'ai suivi avec passion la suite des aventures de Lyra. Ce deuxième tome est rondement mené, à cheval entre différents mondes qui ne cessent de s'éprendre. Le lecteur commence peu à peu à voir s'envoler les enjeux, à apprécier la partie qui se joue devant lui et auquel il assiste, impuissant, avec un peu plus de distance, malgré les inévitables trous noirs. Ce deuxième tome est donc des plus réussis, en ce qu'il apprend beaucoup sur l'univers si original qu'a mis en branle Pullman, et aussi en ce qu'il s'enfonce de plus en plus dans la noirceur la plus totale -pour un roman jeunesse. Bref, je ne pouvais qu'aimer.

"La Dame n°13" de José Carlos Somoza

dame_n13Une grosse déception que ce roman dont la trame même me semble si loin. Je me rappelle certes que l'intrigue était plutôt bien foutue -quoiqu'elle aurait gagnée à être raccourcie-, que la situation entrevue était horrible et qu'on avait la sensation d'être pris au piège de cet univers et de cette lecture. Cependant, rien ne permettait derrière de provoquer l'empathie, malgré le talent indéniable de l'auteur pour provoquer le lecteur et le mettre face à ses pires démons. Donc, on lit, et on se force un peu, malgré quelques réflexions bien senties. Et encore !
Las, je n'ai peut être pas bien compris ce roman trop complexe, ou pas assez.

"La chute d'Hypérion 1" de Dan Simmons

chuteJ'ai curieusement moins apprécié ce tome-ci. Il commence pourtant à bâtons rompus, et il continue, inlassablement sur la même voie. La lecture est agréable, on reste terriblement attaché à tous ces personnages, à leur sort, prévisible, abominable et à ce style si perfectionné. On vit ces épreuves, on vit le doute, l'intelligence de ce récit. Je ne saurais très bien l'expliquer, il manque un élément pour que tout soit à nouveau parfait, comme ça l'était dans les deux premiers tomes. J'y ai réfléchi tout l'été, sans trouver de réponse. Je ne sais toujours pas ce qui manque, mais La chute d'Hypérion est juste très bon.

"Cordelia Vorkosigan" La saga Vorkosigan de Lois McMaster Bujold

vokosiganVoici un classique du space opéra, premier épisode d'un cycle dont le nombre de tomes me donnera sans doute envie de pleurer. Car c'est un roman de bonne facture : les thèmes du genre sont décryptés avec un talent indéniable, les personnages sont éminemment sympathiques, et l'intrigue se laisse tranquillement suivre. Bref, ce roman là, s'il est globalement bon, ne fera pas lever les foules : il n'y a là rien que de très classique. Rien ne dépasse, ce qui ne me pousse pas à continuer une série que je pressens interminable. Et pourtant, les critiques étaient -presque- dithyrambiques. On verra bien, donc.

"Chromozone" La trilogie Chromozone de Stéphane Beauverger

chromozoneIl y a quelque chose dans tout ce fouillis, un certain talent, une verve qui pousse à continuer. Les personnages et l'intrigue sont assez réussis, bien que le tout ne soit pas des plus transcendants. On pressent les sujets épineux, les retournements maladroits, les mots sans dessus dessous. Et pourtant, j'ai bien aimé ce côté foutraque. Je pense donc relire du Beauverger, mais sans doute pas sur cette série. Quoique. En tout cas, je lirai Le Déchronologue, qui s'annonce passionnant.

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19 octobre 2009

"Hunger Games" de Suzanne Collins

hungerC'était le livre qu'il fallait lire pour la rentrée. J'ai donc suivi la consigne, sans trop y penser, et me voici, comme de bien entendu, à vanter cet étonnant roman.

Dans une Amérique ravagée par les problèmes environnementaux et les guerres civiles, le pouvoir en place, pour soumettre les survivants organise chaque année des Jeux, dans lesquels des enfants sont amenés à s'entretuer sous les regards avisés des caméras. La jeune héroïne de ce roman, Katniss va bien sûr être désignée pour participer à ce charmant événement.
La voilà partie, bille en tête, dans l'espoir, vague et sensible, de survivre.

La qualité principale de ce roman réside avant tout dans ses personnages principaux. Il va s'en dire que notre héroïne est extrêmement touchante dans sa naïveté et sa force, dans sa perspicacité et son manque d'imagination. Ce caractère ambivalent est plutôt bien retranscrit, bien que parfois agaçant. En effet, le lecteur s'attend à ce que les organisateurs du jeu soit retors. Il ne peut dès lors plus être surpris des coups et manigances de ceux-ci. Au contraire de Katniss, qui, en tant que narratrice, nous avait pourtant prévenu de cet état de fait. Cette ambivalence, quoique fort intéressante, touche donc parfois à un manque de continuité flagrant, qui empêche le lecteur d'être sous le charme de cet héroïne qu'on sous-estime à intervalles réguliers, pour la rendre plus puissante l'instant d'après. Les autres personnages, mentors et partenaires sont tous plutôt réussis. Le love interest de la jeune fille ne se trouve pas, pour une fois, être un surhomme grincheux et sexy, mais un type plutôt normal qui m'a bien fait marrer.
Bref, c'est -un peu- atypique de ce côté-là, ce qui est loin d'être déplaisant.

Il est vrai que l'intrigue dans le cadre de laquelle s'inscrit ces personnages n'est, elle, pas des plus originales. Le sujet est tout de même lugubre et complexe, d'excellents auteurs s'y sont attelés avant Suzanne Collins, sans doute avec plus de talent. Celle-ci aurait tout aussi bien pu se diriger vers la surenchère la plus abjecte qui soit par le biais de thèmes aussi sensibles que, pèle-mêle la télé-réalité, une société revenue à des penchants des plus totalitaires -le lien semble évident pour l'auteure- ou encore le lien entre l'homme et la nature.
Les pièges étaient donc nombreux. Nous n'en sommes qu'au premier tome, et la tâche est loin d'être terminée pour l'auteure. Force est cependant de reconnaître que Suzanne Collins mène bien sa barque, l'intrigue est rythmée et les détails de cet univers sont retranscrit avec beaucoup de finesse.
Le style est un peu haché, mais cela se justifie sans doute par l'action présente tout au long du récit.

Je n'ai donc que peu à reprocher à cet excellent roman jeunesse qui donne envie de se jeter sur la suite. En route, donc, pour le deuxième tome, qui pourrait bien se trouver décevant du fait de ce final qui, bien que satisfaisant, pourrait faire penser au lecteur, non pas que l'auteure n'a plus rien à dire, mais qu'elle ne pourra plus le faire avec une telle flamboyance. Mais je n'en dirais pas plus, d'autant que j'ai en fait d'ores et déjà entamé Catching Fire, et que, pour le moment, je suis plutôt satisfaite du résultat.

16 septembre 2009

"La cité des ténèbres T2 L'épée mortelle" de Cassandra Clare

_p_eLe deuxième tome de La cité des ténèbres, par Cassandra Clare étant paru récemment, il m'a fallu y jeter un œil, ayant gardé un très bon souvenir du premier tome.

Je ne m'appesantirai pas trop sur l'histoire, de peur de révéler des éléments de La Coupe Mortelle ; toujours est-il que nous y retrouvons nos sympathiques héros, qui connaissent de bien sombres heures -et ce n'est pas fini ! Bien sûr, au milieu d'une guerre contre les forces du mal, ils arrivent à trouver du temps pour eux, parce que c'est important, et absolument pas égoïste. Du coup, certains flirtent avec d'autres, eux même pris dans d'autres tourments, les premiers s'engueulant avec les seconds tandis ces derniers se découvrent des parentés des plus surprenantes. Une bien réjouissante pagaille en somme.

Si ce roman s'avère assez plaisant, c'est avant tout grâce à ses personnages. Comme dans le premier tome, aucun effort n'a été porté sur le style, et l'action -a fortiori ici d'ailleurs- est tout de même des plus légères. L'intrigue finale, comme il se doit, est centrée sur de biens maigres échauffourées. Ça se laisse suivre, mais l'intérêt est ailleurs.

J'avais déjà souligné l'âpreté induite de ce récit dans le premier tome, ce caractère est, dans L'Epée Mortelle, fortement diminué. Les personnages perdent clairement en ambiguïté ; tout entre dans l'ordre puisque chacun, peu à peu, s'installe à sa place, d'un côté ou de l'autre. Les personnages y perdent évidemment beaucoup, bien qu'une partie de l'intrigue tente d'entretenir le suspens en ce sens. Si on sait d'avance vers qui se tourneront les héros, on aurait simplement pensé qu'il y aurait lieu à plus d'hésitation.
Qu'importe, dans tous les cas, cette partie de l'intrigue apparaît bien superficielle et maladroite.

Ce qui rattrape le tout selon moi -du moins, ce qui me poussait à tourner la page suivante avec un minimum d'envie-, ce sont les personnages, ainsi que leurs interactions. Ils sont à peu près tous plutôt funs, que ce soit nos deux héros -cependant un tantinet ridicule dans leur torture émotionnelle-, ou les personnages secondaires, entre autres le magicien -dont le nom m'échappe à l'instant-, l'ami de Clary à qui on confie une intrigue secondaire assez satisfaisante pour le moment ou encore le grand méchant un brin racoleur. Autre nouveauté : l'humour vache pointe le bout de son nez de temps à autre, au détour de conversations plutôt mal foutues. Enfin, la psychologie des uns et des autres, bien qu'elle manque de finesse, m'est apparue plutôt bien tournée. Tout n'est donc pas à jeter dans ce roman.

Si La coupe mortelle était un brin torturé, ce deuxième tome se caractérise par sa légèreté. Je ne sais pas ce qu'il en sera dans le suivant, je pense simplement que le lecteur y a perdu au change.

15 septembre 2009

Lectures d'été (1)

"Chasseur Noir" de Michel Honaker

chasseurIl était une fois un monde surnaturel cohabitant avec celui des humains, monde dans lequel le frétillant Ebezener Graymes est chargé de surveiller que le premier ne fait pas trop des siennes dans le second. Il était une fois un meurtre demeuré inexplicable et des policiers mal léchés dans la plus pure des traditions. Sur des thèmes déjà bien entamés, Michel Honaker tente de nous divertir un tant soit peu par l'intermédiaire d'un roman anguleux. Et ça fonctionne !
Rien ne nouveau sur la comète certes, mais une galerie de personnages très réussie et une intrigue dès plus agréables. Dont, il va s'en dire, je ne me souviens déjà plus.

"Tentation" de Stephenie Meyer

tentation1Sous la pression médiatique du moment, j'ai décidé de laisser une chance à la célèbre saga. Verdict : cette série n'est vraiment pas faite pour moi. Tout ce que j'abhorre s'y trouve, tout ce qui m'indiffère y est. On vante la remarquable description de la passion amoureuse. Je n'y vois qu'une fille un peu sotte trop dépendante de son mec. On apprécie le personnage d'Edward, je le trouve foutrement creux et d'une platitude sans nom. Et pour ne rien arranger, Tentation, comme son prédécesseur, est écrit avec les pieds, d'autant que les rebondissements sont loin d'être imprévisibles. Seuls points positifs : le passage au premier plan de Jacob, qui laisse malheureusement entrevoir un triangle amoureux des plus déplaisants, et l'introduction de nouveaux personnages en toute fin de roman.

"Les vies d'Emily Pearl" de Cécile Ladjali

vies_demily_pearl_L_1Voilà un roman fort réjouissant narrant les aventures d'Emily Pearl, préceptrice chez les Auskin, ce qui doit rappeler de merveilleux souvenirs à certains. Et pourtant, l'intrigue part dans un tout autre sens, qui, loin de me déplaire, m'a amené à m'interroger sur de nombreux sujets, poussée que j'étais par la lente mais bouillonnante introspection de l'héroïne. Un roman très intéressant de ce côté-là, bien que le style m'ait déplu.

"L'aube de la nuit" Troisième partie : Le Dieu nu de Peter F. Hamilton

hamiltonA mes débuts dans la science fiction, je lisais ça. Entre temps, je me suis un peu renseignée. Mais j'avais à l'époque lu les deux -immenses- premières parties de ce roman fleuve de space opera. Dans les deux derniers tomes -formant Le Dieu nu-, tous les clichés du genre se retrouvent, les enjeux explosent, et tout finit comme on s'y attendait. On aura cependant retrouvé pendant un temps tous ces personnages que l'on a appris à connaître et ces planètes attendrissantes. Il y a donc de bons moments, mais l'auteur écrit toujours très mal, et, malgré tout, cette troisième partie est bigrement longue, des passages entiers auraient pu sauter, sans que rien ne change. Autre problème classique de cette narration fragmentée des intrigues de chaque personnage : on s'ennuie parfois, et souvent, quand quarante pages sont consacrées à des héros insignifiants.

"Mémoires d'un Maître Faussaire" de William Heaney

heaneyUne lecture très agréable -en grande partie du fait de son personnage principal-, plutôt amusante, et des intrigues assez fines. J'ai beaucoup aimé, et pourtant certaines choses m'ont gênées ; le parti pris de l'auteur n'est pas énoncé avec autant de subtilité qu'il devrait l'être et le style -ou la traduction- n'est pas à la hauteur. Bref, mon ressenti est mitigé, surtout trois mois après la lecture.

"L'été d'après" de Francine Prose

l__t_Une lecture qui tombait à point nommé, et qui est sans doute, avec le recul, une de mes meilleures lectures de cet été. Margaret se noie dans le lac concomitant à la maison familiale. C'est l'après que sa jeune sœur Nico raconte. Outre les personnages troubles à souhait et hauts en couleur -la famille, mais aussi le petit ami de la sœur disparue-, L'été d'après m'a enchanté ; sa langueur et ses envolées lyriques, son intrigue m'ont noués. La vie un brin bohème de ses héros m'a fait rêvée, et l'émotion que se dégage du tout m'a laissée pantoise. Je recommande chaudement.

"La cloche de détresse" de Sylvia Plath

la_clocheSylvia Plath nous met ici face au dénuement le plus total d'une jeune fille promise à un bel avenir de poète dans les années 50 à New York. C'est un roman difficile, dont on a du mal à se défaire, bien qu'il ne soit pas aisé à reprendre. On serait tenté de le reposer, et décider d'ignorer. C'est que La cloche de détresse est fichtrement instructif, et que l'affliction de la narratrice révèle au fil des pages des pensées évidentes, qu'on ne peut valablement défendre, celles de la dépression, du suicide, de ce laisser-aller général qui prive de tout et qui est si rassurant. Et édifiant.

A suivre.

 


18 août 2009

"Manhattan Macadam" d'Ariel et Joaquin Dorfman

macadamDe retour avec un roman jeunesse assez surprenant, quoique malheureusement pas dès plus passionnant, Manhattan Macadam, rédigé par le célèbre Ariel Dorfman en collaboration avec son fils Joaquin. Tout un programme !

Dans le petit village de Manhattan écrasé par la chaleur du mois de juillet 2001, subsiste le gentil Heller. Alors que le plupart des adolescents se contente de petits boulots des plus classiques durant l'été, lui a décidé, à l'heure de MSN et d'Outlook Express, de devenir rien de moins que messager. Ce qui va l'amener à connaître des aventures incroyables.

Maintenant que j'y réfléchis un tant soit peu, je ne sais pas très bien que penser de cet ouvrage. Nul doute, il est extrêmement pertinent, délicieusement dérangé et tout à fait léger.
Une lecture d'été en somme !
Hormis la ravissante fantaisie qui s'en dégage et la charmante tendance des non moins sympathiques auteurs qui voudraient nous faire croire que l'East Village n'est peuplé à l'année que de quinze personnes se croisant à intervalles réguliers, ce livre a tout de même quelques défauts, et non des moindres. Selon moi.

Certains ne s'intéressent que peu à la forme, ce qui n'est pas mon cas. Et je trouve qu'à cet égard, les Dorfman nous ont pondu un texte pas bien folichon. Certes, j'ai lu une traduction. Mais n'empêche.

Je sens bien que mes arguments sur la question sont très pertinents et énoncés avec un talent incommensurable. Passons donc au fond.
Les personnages sont à peu près tous attachants. Ce que je n'explique pas vraiment. Toujours est-il que je me suis surprise à être happée par le final. Les larmes aux yeux. Non !? Si !
Et la meilleure, c'est que je me suis rendue compte à quel point je trouvais Heller, 16 ans, l'intelligence d'une huître, adorable ; lui, et aussi ces rêves surannés -franchement, le Tour de France ?
Et les personnages qui gravitent autour de cet astre ne sont pas en reste : Salim, bien sûr, mais aussi ses collègues de travail et la douce Silvia.
Mais, justement, on ne m'enlèvera pas cet arrière goût quelque peu désagréable d'un roman un peu naïf où il fait si bon de vivre ensemble, avec des personnes de toute horizon, ce malgré les vilains envahisseurs romains, incarnés ici par un représentant de l'ordre. La boucle est bouclée !

A ce stade, Manhattan Macadam me paraîtrait pour autant encore plus que recommandable : il va s'en dire que lire de l'optimisme en boîte n'a jamais tué personne. C'est juste ennuyeux.
Seulement, et c'est mon grand reproche -avec le style un brin bâclé-, je trouve l'affaire loin d'être rondement menée, il y a un côté trop décousu au récit, qui fait toute la différence entre un ouvrage qu'on lit et un autre, qu'on vit. A moins que ce soit moi qui n'ai pas vraiment accroché. Je ne sais vraiment pas quoi penser de ce livre, c'est pathétique !

Malgré tout, la touchante désuétude de ce roman ne m'a pas laissé de glace : ce gamin qui habite New York et qui n'a pas de téléphone portable, cette jeune fille qui fait développer des pellicules de photographies, tous ces gens qui font appel à un service de messagerie afin que la triste -ou heureuse- nouvelle soit donnée de manière plus humaine. Ce vélo. New York, l'été. C'est un récit élégant, qui a beaucoup de charme et de personnalité. Et qui, sous ses apparences naïves, délivre -lui aussi- un message des plus surprenants, une ode à un mode de vie plus enivrant soustrait aux hostilités et à la rigidité.

16 mai 2009

"Les Hauts de Hurlevent" d'Emily Brontë

hurleventDes trois sœurs Brontë, c'est Emily -autant que je m'en souvienne- qui m'a toujours le plus intriguée : dans mon imaginaire, je la voyais marcher seule dans la campagne anglaise, sauvage, dure, fière, et surtout en dehors de toute norme. Pourtant, je me souviens bien que je n'avais pas vraiment apprécié son unique roman. Les Hauts de Hurlevent m'avait cependant laissé un souvenir vivace qui me permettait alors de dire ce qui s'y passait avec précision, ce qui n'est assurément pas le cas de bon nombre de livres parcourus à la même époque.
Je ne l'avais jamais relu depuis, j'avais en moi ce sentiment de terreur à l'idée de le reprendre, allez savoir pourquoi. Je m'y suis cependant attelée ces derniers jours, avec véhémence et appréhension. Je n'arrive pas encore à démêler les fils -sans doute inextricables- de cette relecture, et j'espère que ce billet me permettra d'y mettre un peu d'ordre.

Parlons d'abord de la forme, puisque c'est si important. Il se trouve que c'est une des forces de ce roman, que ce soit en terme de narration ou de style.
L'utilisation d'un narrateur extérieur et témoin des événements donne au roman un rythme frisant la perfection : on n'y trouvera aucun temps mort ni aucun passage superflu. Tout se lit, avec une égale admiration. Et c'est assez rare pour le souligner. Cette fluidité dans le récit, ce langage violent mais châtié, à l'image de ses personnages ne cessent, avec une évidence rare, de me ravir.
Si les débuts de ma lecture furent un brin difficiles, une fois installée, l'intrigue oblige son lecteur à y revenir sans cesse. Difficile de ne pas lâcher cet ouvrage, dans ce contexte : j'étais dans cette région reculée, et,  à l'image de Mr. Lockwood, je voulais assister à ces hargneux événements, faire le chemin qui sépare encore et encore Hurlevent et le Manoir de la Grive, faire le lien entre deux maisonnées intrigantes  et opposées -je ne suis pas encore bien revenue de cette lecture, comme vous le voyez.

L'intrigue des Hauts de Hurlevent est connue : Heatcliff est un enfant recueilli par Mr. Earnshaw à Hurlevent où son arrivée va bouleverser le fils de ce dernier, Hindley et sa jeune sœur Cathy.
Les Hauts de Hurlevent, c'est aussi l'amour passionné de deux êtres que tout unit, dont chacun, dans un élan ne supportant aucun obstacle se reconnait et se côtoie, voire se volatilise, toujours avec une égale netteté et une constance qui laisse pantois. Deux êtres qui s'assemblent au delà de toutes les cases où on voudrait bien les enfermer, deux êtres qui seront séparés lors d'une étrange danse, sans qu'ils y pensent vraiment, trop assurés qu'ils sont d'être l'un ou l'autre à volonté. Deux être enfin, colériques et lunatiques, à l'image du milieu qui les entoure, qui font toute la différence et qui s'emporteront, nécessairement, vers la folie et la rage.
Et notamment de la part de Heatcliff qui mettra tout en œuvre pour posséder ce qu'on lui a ravi, ces demeures qui l'ont rejeté, au nom de ce qu'il a perdu et de ce qui s'est, par là même, éteint. Il est certain qu'il est le personnage le plus emblématique de ce roman, dans sa passion, dans sa constance dans la vengeance, par ses actes aussi. Il est le bad guy ultime, déjà en place depuis le XIXème siècle.
A ses côtés, les autres personnages, mêmes secondaires, sont loin de faire pâle figure : tour à tour détestables et victimes, à l'image de Heatcliff, ils sont sans conteste foisonnants, et difficiles à appréhender.

C'est peut être en ça, je m'en rends compte, que ce roman m'avait déplu : au contraire des romans de ses sœurs, Emily Brontë nous montre des personnages amoraux, profondément détachés des conventions et bien moins simplistes. Peut être n'étais-je pas encore à même d'en apprécier la consistance et la saveur, sans doute que le fait de ne pas vraiment parvenir à m'attacher à ces personnages a aussi compté.

Les Hauts de Hurlevent laisse songeur, les propos et les drames qu'il contient donnent à réfléchir -les fantomes y veillent- et le lecteur ne peut qu'y revenir, encore et encore, et en garder un souvenir impérissable, nécessairement.

11 mai 2009

"L'avenir de l'eau" d'Erik Orsenna

eauD'Erik Orsenna je ne connaissais que peu, si ce n'est ses curieux romans contant la grammaire, l'orthographe ou autre conjugaison françaises. A vrai dire, je ne savais rien de cet auteur à part que les quelques lignes lues par mes soins cette année ne m'avaient pas du tout convaincue : je m'y étais profondément ennuyée, les restes lacunaires de ces lectures en témoignent.
Je ne connaissais pas encore les mille et une vies de ce monsieur, le Goncourt, Mitterrand et le coton.

J'ai découvert avec L'avenir de l'eau, outre l'écriture simple et sensible déjà entraperçue dans ses romans traitant d'accents, de subjonctif ou de grammaire, un récit de voyage étonnant et tout à fait prenant.
Au delà du message martelé -à outrance, le livre aurait gagné à être allégé- par l'auteur, j'ai bien apprécié ce parti pris ; l'ouvrage en question n'a rien d'une démarche scientifique en bonne et due forme. Le lecteur doit avoir conscience en l'abordant qu'un thème aussi vaste et multiple ne pourra être qu'effleuré, voire à peine envisagé. C'est un récit intime -et par là même quasiment fondamental- que l'on nous propose : Orsenna raconte cette obsession de l'eau, il pose un regard sur le monde, sous le même prisme, celui de l'eau, toujours. Cette quête est racontée avec légèreté et humour, sous la tendre plume de son auteur, qui fait part de ses réflexions et de ses opinions.

Je suis bien loin d'être une érudite en la matière : j'ai donc appris beaucoup de ce tour du monde éclair, et de ses informations se rapportant à l'eau. Je ne suis pas dupe : Orsenna est loin d'avoir épuisé son sujet, et les solutions envisagées par lui sont ce qu'elles sont. Je n'ai pas les connaissances requises pour argumenter sur un thème aussi technique et complexe, mais il se trouve que certains scientifiques ont critiqué, au delà de la démarche, le fond de ce document. Les thèses d'Erik Orsenna, énumérées à la toute fin, et répétées tout au long du récit sont donc à prendre avec des pincettes, évidemment.

Qu'importe ! Restera cette vision si plaisante d'un auteur -que j'ai par ailleurs bien envie de redécouvrir- sur des régions du monde absolument fascinantes. C'est aussi une invitation au voyage, à la lecture qui insiste pour que chacun ouvre les yeux, et comprenne quelques réalités simples.
Orsenna nous les racontent, bien qu'elles soient -nécessairement- lacunaires -si ce n'est lapidaires. Le tout m'a très certainement intéressée et je n'ai pu lâcher le livre avant la toute fin, ce qui est, ma foi, plutôt bon signe. 

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10 mai 2009

"Midnighters" T1 L'Heure Secrète de Scott Westerfeld

midnightCe sera bref, et pour le moins lapidaire : cette dernière cuvée signée Scott Westerfeld, auteur déjà rencontré dans ces pages avec Uglies, apparaît bien décevante.

Jessica Day vient d'emménager avec sa famille dans la petite ville de Bixby où elle tente, en bonne adolescente, de s'intégrer. Voilà qu'elle découvre que minuit arrivé, une heure secrète s'écoule, accessible à quelques élus, pendant laquelle la jeune fille va connaître bien des aventures.

Voici un roman qui m'aura bien ennuyé. Je l'ai presque abandonné tellement je n'entrais pas dans l'intrigue, et tellement rien ne me parlait. Mais j'ai lutté. Pas parce que ça s'améliore -ou si peu-, mais parce que -et c'est tout l'intérêt de tenir un blog- je voulais me faire un avis sur l'ensemble du roman. Bien m'en a pris, le récit s'avère quelque peu prenant vers la fin. Nous y reviendrons.

On l'avait déjà constaté du côté de chez Uglies, Westerfeld ne sait pas s'occuper de ses personnages, tous plus ou moins fades et incohérents. Ici comme ailleurs, ce défaut saute aux yeux : l'héroïne est sans intérêt, une adolescente très ordinaire, dont les pérégrinations sont loin de trouver grâce à mes yeux. Et les autres "midnighters" n'ont eux non plus que peu de charisme. Les relations qui les lient ne sont que peu développées, et, bien que certaines semblent prometteuse, la plupart, à l'image de la ridicule amourette pas franchement des plus passionnantes, ne semblent pas mener à quelque chose d'un peu plus original.

Ce défaut, au contraire d'Uglies, n'est pas rattrapé par le reste, et c'est là tout le problème. Uglies s'attachait à des idées, à des pistes lancées permettant à son -plus ou moins- jeune lecteur de réfléchir à des questions éthiques pas franchement évidentes. Ici, fi des interrogations et autres élucubrations sans fin, bienvenue dans l'Utah chez des jeunes dont la journée dure 25 heures. Car il existe des "darkling" qui se sont réfugiés dans cette heure secrète que certains peuvent appréhender, s'ils sont nés à minuit pile ! Bonjour l'intrigue bidon !
Et oui, c'est comme pour la mayonnaise : quand la base n'est pas transcendante, aucune chance que le tout aboutisse à un résultat probant. Ce n'est pas très original, pas très bien expliqué, et, surtout, on se fout de savoir ce qui arrive par la suite, les maigres explications n'intéressent pas, d'autant plus qu'on ne se soucie pas vraiment du sort des personnages.

Pour ne rien arranger -sinon ce ne serait pas drôle-, le style est très simpliste, tout comme l'intrigue. Tout cela reste trop enfantin et girly pour m'intéresser. Enfin, peut être que, justement, la cible en question appréciera ce roman.

Bref, on se demande bien sur quoi on pourrait bien s'appuyer pour contrebalancer cet assaut de critiques négatives, si ce n'est que le rythme s'accélère un peu vers la fin, que l'intrigue s'épaissit légèrement et que, dixit certains blogs, les deuxième et troisième tomes seraient bien plus prenants car plus tournés vers l'action. Toujours selon eux, il faut en baver un peu dans le premier pour apprécier la suite.
Mais je manque de patience, et je ne souffrirai pas une ligne de plus. Tant pis. J'ai tellement à lire.

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26 avril 2009

Edencity T3 "La Cité des Damnés" de N. M. Zimmermann

cit_Depuis Les Patrouilles du Crépuscule, notre joyeuse héroïne Saralyn enquête, seule comme une grande, sur des meurtres tout à fait charmants perpétrés sans aucun doute possible par de méchants vampires. En soirée, elle s'essaye à l'hypnose en compagnie de son brave "cousin" Lorenzo afin de déterminer ses origines. Et la nuit, ses atroces cauchemars se poursuivent. Enfin, au matin, elle doit changer ses draps tachés de sang. Oui, la vie est chaque jour un peu plus resplendissante pour Saralyn !

Il me fallait parler de ce troisième tome, après avoir apprécié les deux premiers. A la minute où je l'avais refermé, je me suis dit que, décidément, même la bit lit pouvait me surprendre : La Cité des Damnés bat ses deux prédécesseurs à plate couture. Plus imaginatif, pas vraiment avare en réponse, ambiance toujours plus trouble, une héroïne donnant enfin du fil à retordre aux lecteurs et aux personnages l'entourant, tout y est plus délectable.
Et les scènes finales sont même carrément délirantes ; cette coupure dans le récit, à la toute fin, m'a estomaqué. Et pourtant, Dieu sait que les histoires baignant dans le pathos, ça me connait.

Tous les personnages prennent de l'épaisseur. Saralyn, lâchée seule dans la nature, s'en sort plutôt bien, même si le tout s'avère un peu plus compliqué qu'il n'y paraît. Bien sûr, l'essentiel pour elle réside surtout dans la découverte de son passé, ou du moins, d'une grande partie de celui-ci. Et, il n'y a pas à dire, c'était grandiose, surtout que je me suis gentiment laisser porter par les événements, sans chercher à comprendre le pourquoi du comment -et je n'étais de toute manière pas près de le découvrir. Du coup, j'ai été soufflée par les révélations de la toute fin du tome. Il est certain qu'un spoiler aurait vraiment gâché le tout.
Et c'est bien le seul reproche que je ferai à La Cité des Damnés : le roman repose essentiellement sur ces réponses, le reste n'étant que prétexte. Oui, il est vrai, maintenant, on sait à peu près où l'on va, vers qui l'on doit se tourner, les camps en présence, le contexte et les thèses de chacun. On est en plein dans la transition vers une suite qui, on l'espère, sera résolument tournée vers l'action, et qui ne se limitera sans doute pas à Edencity. Et j'avoue avoir hâte de découvrir ce que nous a concocté l'auteure à ce propos.
Bref, ce que je n'ai pas aimé est qu'il n'y a rien d'autre qui permettrait de supporter le poids de ce récit, d'autant plus que ce style défaillant -déjà relevé auparavant- dérange malgré tout toujours un peu. Saralyn n'est intéressante que par rapport à ce qu'elle a vécu, et vivra. Mais sa personnalité, au final, n'est pas bien exaltante.
Au contraire de ces compères : son coéquipier dont le prénom m'échappe à l'instant se dévoile, et le tableau n'est pas bien charmant -tant mieux ! Bon, il pleure un peu trop sur son sort, c'est embêtant, mais le plus important n'est pas là : on a affaire à un antihéros de première classe. Et puis, Lorenzo est toujours à tomber en père de substitution pour la pauvre Saralyn : qu'importe qu'il soit un vampire, ce n'est pas ce qui le caractérise le mieux, semble nous dire Zimmermann. Et cela vaut aussi bien pour les autres bras cassés s'alliant en quelque sorte contre cette Organisation, dont on apprend ce qu'elle est vraiment et ce qu'elle défend.
Derrière elle, une mythologie s'installe progressivement, faite de Dieux et d'Histoire, qui ne peut que donner envie d'en savoir plus, puisqu'il est clair qu'on est loin d'en connaître toute l'ampleur.
Tous les personnages introduits par le biais de l'Organisation -Keryam en tête, encore plus trouble que ne l'était Gaspard- et cette grande maison habitée et vide à la fois laissent un goût amer au lecteur. Mais cette sensation aurait pu selon moi être bien mieux exploité : le malaise n'est qu'impartiellement retranscrit, et de manière maladroite en plus. On en revient à la forme, évidemment.

Enfin, et c'est là la force de ce roman, la redécouverte de ses souvenirs par notre valeureuse héroïne m'a curieusement touchée : le récit qui en est fait est douloureux bien qu'il ne soit pas non plus insoutenable. Seulement, cet acharnement a quelque chose d'assez fatiguant, la réprobation guette, et vient un moment où la coupe est pleine. On se range du côté des autres, le manichéisme revient sur le devant de la scène -c'est bien dommage, mais c'était quasiment inévitable. Après un tel récit, je ne m'attendais pas à une réaction aussi faible, mais la toute fin est tellement écoeurante et insidieuse que l'on joint ses mains au ciel en priant pour que les éditeurs de chez Milan se magnent le cul et publient cette satanée suite.

Si ce troisième tome est très largement imparfait, il n'en reste pas moins que les pistes qu'ils lancent, inombrables, laissent à penser que le meilleur est encore à venir. Nous serons là, au poste, espérant que ces salauds de l'Organisation y passent tous, un par un -tant qu'à faire !

Posté par oranee à 22:46 - Jeunesse - Commentaires [6] - Permalien [#]
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