What a glorious day !

--

31 mai 2008

"L'enfant des ténèbres" de Anne-Marie Garat

enftL'enfant des ténèbres est la suite du très remarqué Dans la main du diable de la française Anne-Marie Garat. Ce long roman narre les aventures d'Elise, libraire qui, sans le savoir, fait passer des informations lors de ces excursions à Londres, de Camille, héritière revenue d'Alabama où elle a fuit avec son ami photographe Jos, d'Etienne, de Gabrielle, de Simon et de biens d'autres. Cette galerie de personnages se croise, se perd et se retrouve. Le tout en Europe. En 1933, année tout à fait charmante où l'Allemagne accède à la dictature.

L'époque est trouble, une menace pèse inlassablement sur l'Europe, et l'auteur parvient parfaitement à le faire ressentir à son lecteur. Par le biais de personnages plus ou moins hors du commun qui ont tous cette conscience qui leur fait pressentir ce que beaucoup nient encore, cette sensation toujours plus insoutenable que la situation dérape peu à peu de manière inéluctable, l'auteur nous plonge sans complaisance dans cette Europe encore blessée par la Grande guerre et anéantie par la crise de 1929. Subsiste cependant de l'espoir et un brin de folie incarnés par ces gens qui, en avance sur leur temps, inventent, créent et modernisent. C'est là une des grandes forces de ce roman de parcourir, avec une ampleur tout bonnement prodigieuse, les dimensions vers lesquelles cela se matérialise : du monde des finances au monde ouvrier en passant par celui des artistes.

Rien n'est épargné, et surtout pas la politique dont on parle beaucoup chez les héros d'Anne-Marie Garat et qui sous-tend beaucoup de leurs actions. Les régimes fascistes et nazis sont très largement évoqués et l'auteur n'hésite pas à nous plonger dans le milieu du socialisme. Mais l'attrait principal du roman réside surtout dans le récit des aventures de ces agents secrets agissant dans l'ombre -Ode à toi Etienne Louvain !
Le reste est parfois un peu mièvre, mais le style littéraire d'Anne-Marie Garat, franchement excellent, rattrape certains passages. C'est tout ce que j'aime, des phrases à rallonge exprimant des idées originales et claires, quelques fioritures enrobées d'un rythme qui ne faiblit pas tout au long de ces 650 pages. Une œuvre littéraire de tout premier plan selon la quatrième de couverture. Et c'est vrai, l'auteure montre sa différence au sein d'une littérature française morose et abonnée à l'intimisme exacerbé. On a affaire ici à un Roman, genre littéraire qui prouve une nouvelle fois, comme veut le démontrer Anne-Marie Garat, qu'il est bien loin d'être sclérosé.

J'ai cependant trouvé la fin un peu décevante, sans trop pouvoir me l'expliquer. Peut être que tous ces personnages était tellement sur le fil du rasoir tout au long du roman que j'ai trouvé que le tout finissait un peu en eau de boudin. Rien que de l'écrire, je me sens exigeante et de mauvaise foi.

Pourquoi faire tant de difficultés pour une si petite chose ? Je vais vous répondre tout de suite, avec honnêteté et délicatesse : pour rien. Voilà, ce roman est tellement génial qu'il ne mérite que ce qualificatif. Et tant pis si tout le monde l'a dit avant moi. Et tant pis si ça se termine en eau de boudin, l'auteure a promis une suite. En 1968. J'espère qu'Etienne Louvain ne sera pas mort d'ici là, sinon j'écris à Anne-Marie pour lui dire que je ne l'aime pas.

Posté par oranee à 15:18 - Roman français - Commentaires [0] - Permalien [#]

Commentaires

Poster un commentaire