What a glorious day !

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04 juillet 2008

"Bright Lights, Big City" de Jay McInerney

jayPublié en 1984, Bright Lights, Big City (Journal d'un oiseau de nuit en version très française), premier roman de Jay McInerney, suit les errements d'un homme dans les rues et les nuits cocaïnées du New York des années 80. Cela ne vous rappelle rien ? La comparaison est évidente -l'auteur et Bret Easton Ellis font tous deux parti du mouvement littéraire du Brat pack- mais pas aussi pertinente qu'elle n'en a l'air.

Bien sûr les thèmes sont proches, bien entendu la critique de la société américaine des années 80 est là -et même bien là-, mais -et c'est une évidence- le traitement employé par les deux compères de ces sujets est loin d'être le même. Là où American Psycho met son lecteur face à un trash insoutenable -ou presque- et violent, McInerney se contente, de manière plus détachée, de décomposer les éléments de cette société toute pourrie en les décrivant, non pas à l'état brut, mais par le biais d'un filtre, certes ténu mais rendant la lecture moins sidérante et plus pragmatique dans son déroulement. Du coup, moins remué, le lecteur pressent de manière plus significative la vicissitude sociale qui l'entoure. Peut être que la société du paraître que décrit l'auteur lui apparaît moins nuisible et redoutable que dans un American Psycho ; ce qui ne doit pas être une critique car ce serait une erreur de mettre en diapason Bright Lights, Big City et les ouvrages de Bret Easton Ellis, le premier se suffisant à lui-même -encore une évidence, c'est Jay McInerney quand même.

En effet, ce qu'il perd en force, il le gagne en globalité : tous les aspects de l'existence du héros sont évoqués avec une vigueur égale -milieu familial, relations amicales et surtout monde du travail. Ici, le propos est autre : on ne retrouvera pas la narration de péripéties trouvant leur cadre dans une immense fête new-yorkaise sans fin. Les différentes dimensions de la vie du personnage principal sont tour à tour envisagées : tout ce qui concerne la vie professionnelle est assez jubilant rendant la critique bien plus acerbe et venimeuse qu'il n'y paraît. Toute la dimension familiale -surtout présente en fin d'intrigue- est particulièrement réussie et déchirante, notamment la scène poignante du fils avec sa mère, dont je ne me suis toujours pas remise. Par là même, Jay McInerney démontre sa pugnacité et nous laisse entrevoir un dynamisme certain, sans que celui-ci ne prenne complètement le pas. Le lecteur ne s'en rend pas compte dans l'immédiat, mais il y revient en se demandant, du bout des lèvres, si Bright Lights, Big City ne va pas au delà de ce que ce court roman suggérait, notamment dans son impact.

Percutant et tonique, ce premier roman -pierre angulaire d'une œuvre de tout premier plan- diablement construit et incisif, vous laissera pantelant sans même que vous ne vous en rendiez compte. Gratifiant et sincère, Bright Lights, Big City jette un oeil nouveau sur ce New York des années 80 tant vanté ou décrié, c'est selon. Cette ville, cette décennie se sont rassemblées en 221 pages étonnamment réussies.
Décidément, la toute nouvelle collection "Signatures" de l'éditeur Points est ravissante : rien n'est venue la gâcher -en même temps il n'y a que huit titres, mais je ne me permettrai pas d'ironiser plus longtemps. Car je suis enfin décidé à me lancer du côté de Faulkner, et c'est en -grande- partie grâce aux messieurs de chez Points.

Posté par oranee à 14:43 - Roman anglo-saxon - Commentaires [2] - Permalien [#]

Commentaires

    Je ne connais pas du tout cet auteur, mais je pense que je vais m'y mettre !

    Posté par Lilly, 28 février 2009 à 12:47
  • Il a des idées intéressantes, il est vrai, et j'aime la manière qu'il a de décrire sa ville. C'est ce qu'on appelle un bon élève...

    Posté par oranee, 28 février 2009 à 14:24

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