What a glorious day !

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17 juillet 2008

"Morsure" de Kelley Armstrong

morsuMorsure, qui est le premier roman de la canadienne Kelley Armstrong, a été tardivement publié en France l'année dernière, aux éditions Bragelonne. Elena, la narratrice, est un loup garou qui s'ignore et qui tente de vivre normalement -c'est à dire à la manière des hommes- à Toronto. Mais voilà que sa Meute lui rappelle ses devoirs envers elle, obligeant Elena à la rejoindre. Elle retrouve alors Jérémy, l'Alpha -le grand chef- mais aussi son premier amour, Clay et les autres pour vivre des aventures hautes en couleurs.

Ça s'annonçait mal : l'aspect du livre est crasseux, la couverture de bas étage, le titre, n'en parlons pas -Armstrong ne s'est vraiment pas cassé la tête- et, vous venez de lire le résumé, la gentille narratrice n'a pas oublié son first interest. Oui, je sais, c'est impensable, vous vous demandez ce que je fous, là. Et bien, pour tout dire, je suis influençable, voilà. J'ai tellement de livres à lire pour les vacances mais il faut que je me coltine cette histoire de loup garou, qu'on m'a vanté avec tant de panaches sur quelques satanés blogs littéraires -que je boycotte pour la peine. J'ai alors franchi le pas, en quête, aussi, de lectures un peu plus légères pour l'été. Evidemment, il a fallu que la librairie me mette en face dudit roman ; mon flegme avait déjà parlé. Et puis, vous voyez, j'aime tellement descendre les guilty pleasure. Alors, après maints réflexions fumeuses, je l'ai pris -oui, il n'y avait aucun suspens, vous vous en doutiez, j'ai moi aussi besoin de régresser de temps à autre.

Et j'ai été si déçue, si vous saviez. Car, résultat des courses, je ne pouvais le nier, mon avis était curieusement plutôt positif. Enfin, les défauts sont bien là, il ne faudrait pas pousser. Mais les qualités aussi. Et çà, ça a fait mal à mon petit cœur de lectrice hautaine et snob. Rendez vous compte, aimer un roman fantastique sur les loups garou publié chez Bragelonne. Ma réputation si chèrement construite réduit à plus rien en l'espace d'une chronique. La vie est bien difficile ces derniers temps pour la blogueuse que je suis.

En ce qui concerne le style, et bien, comment formuler ça poliment ? N'oublions pas que nous sommes -toujours- chez Bragelonne, et donc, je n'avais aucune attente de ce côté-ci. Il n'empêche, quelqu'un aurait pu se pencher un peu plus sur la question. Est ce l'auteur ou la traduction ? Je n'ai aucun moyen de le savoir, mais la lecture est assez malaisée, et parfois même un peu chaotique. Je n'exagèrerai pas non plus : le tout reste assez fluide, sauf exceptions notables. Mais bon, l'écriture -ou la traduction ? Ou les deux ?- est/sont loin de m'avoir convaincu, même si ce n'est pas une surprise.

Par rapport au fond, l'intrigue fil rouge concernant le regroupement des ennemis de la Meute -les cabots-, qui est tout de même la raison du retour d'Elena et donc l'élément déclencheur du récit est relégué au second plan par rapport à la petite amourette principale. J'ai vraiment eu l'impression que cette intrigue de fond était seulement là pour alimenter les péripéties du fameux couple -les disputes, les réconciliations ou les parties de jambe en l'air. Du coup, toute la partie sur les dissidents est très peu développée, elle devient le parent pauvre du livre alors que cette contestation du système héréditaire établi par une Meute toute puissante aurait gagnée à être creusée. Les cabots s'y opposent à cause d'un ressentiment à l'égard des membres de la Meute, de l'avantage qu'ils pourraient en tirer ou de leur plaisir à prendre part à des tueries, et l'auteur ne cherche pas à pousser plus loin la critique, c'est peut être un choix délibéré de sa part, mais je trouve dommage qu'elle n'exploite pas ce potentiel.

En parlant de ce système de la Meute, je le trouve ma foi assez bien tourné et décrit, le tout restant plausible. C'est donc bien agréable de s'éloigner de tout le folklore relatif aux loups garou -folklore que pourtant je chéris particulièrement mais qui ne manque pas tant que ça. A cet égard, j'ai beaucoup apprécié les interactions entre le monde des hommes et celui des loups garou qui s'avèrent très compliquées pour certains -Elena notamment mais aussi Clay.

En ce qui concerne les personnages, les cabots sont tous assez insignifiants, notamment à cause de la remarque précédente. Les membres de la Meute sont eux plutôt réussis. Elena est un personnage féminin très intéressant dans la mesure où elle passe son temps à se débattre plus ou moins courageusement -mais c'est notre lot à toutes mes sœurs !- dans un milieu masculin extrêmement prononcé. Elle doit de plus faire face à un dilemme entre sa condition de loup garou difficilement compatible avec une vie rangée et son besoin de stabilité. Les autres personnages, secondaires ou non sont assez stéréotypés -le second affectueux, la figure paternelle froide et protectrice, le gentil humain compréhensif-, ce qui vient peut être du fait que l'auteur raconte selon le point de vue pour le moins subjectif d'Elena. Cela est notamment mis en avant par Armstrong chaque fois qu'Elena évoque son passé et son avenir avec Clay en se voilant la face sur ses sentiments et ceux de ce pauvre garçon qui en voit des vertes et des pas mûres. En effet, pour le lecteur, Elena explique largement les raisons de son choix d'un vie "humaine" loin de la Meute et, surtout, de Clay, mais lui ,ne doit rien comprendre à ces revirements incessants.

Evoquons pour -presque- terminer ce dernier qui est sans nul doute la plus grande réussite de l'auteur. Rares sont les personnages qui dictent leur choix eu égard à leur instinct et ce malgré une fidélité indéfectible à leur famille. Cette dualité -que l'on rencontre chez Clay- le rend immédiatement attachant. Ses interactions avec Elena sont souvent agréables, notamment pendant leurs engueulades et grâce à quelques traits d'humour bien sentis, mais, comme je l'ai dit, cela est trop mis en avant et finit par devenir lassant.

Enfin, j'ai failli oublier une composante essentielle du livre : les passages relatifs aux loups. Leurs chasses, leurs amusements sont crus et assez bien écrits, et ce avec beaucoup de justesse -j'étais passionnée par ces animaux petite, alors je m'y connais un peu.

Des loups, beaucoup de mauvaise foi, des hommes bien bâtis et virils, c'est un guilty pleasure pour nous, les femmes, mais pas de ceux qui sont tout à fait négligeables. Une lecture de vacances comme on en fait plus beaucoup.

Posté par oranee à 17:53 - Guilty pleasure - Commentaires [0] - Permalien [#]

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