What a glorious day !

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24 juillet 2008

"1984" de George Orwell

1984Encore un immense classique de la science fiction sur ce blog ! Un peu de sérieux ne sera pas de trop. En voici avec 1984, roman d'anticipation rédigé par George Orwell dans les dernières années de sa vie, en 1948.

Winston Smith, membre du Parti dirigeant l'Oceania, malgré la Police de la Pensée et le télécran qui le surveille en permanence à son domicile, décide d'écrire son journal dans lequel il peut enfin exprimer son opposition au système politique en place.

Comment échapper au rouleau compresseur qu'est 1984 ? Comment aborder dans toute son ampleur un discours si intelligent, et ce en quelques lignes ? La réponse au deux questions est : c'est impossible. Enfin, peut être pas pour tout le monde, mais c'est mon cas. Inutile de vous préciser que 1984 m'a ébloui, tout est exceptionnel dans ce roman qui n'a pas fini de nous faire réfléchir -encore aujourd'hui et sans doute demain- sur la Politique ainsi que son impact sur notre vie quotidienne. Les idées de Orwell sont brillantes, riches, détonantes. La prise de conscience du lecteur est immédiate et profonde. Les mots sont tendus, abrupts, bien sentis et collent particulièrement bien aux réflexions de l'auteur. Le ressenti devient alors immense.

Plus essentiel encore que 1984 : son final, qui -c'est un euphémisme- en impose par son ampleur mais aussi par sa charge émotionnelle. Les scènes de torture sont elles aussi très éprouvantes, et bien plus. Car l'émotion, les sentiments, aux côtés des idées, sont omniprésentes. Ce n'est pas un hasard si 1984 est un classique : il lie à la férocité de son engagement une dureté de l'émotion qui laisse son lecteur à peu de choses près terrassé. Orwell nous plonge dans ce Londres d'un accablement pathétique et infini, un Londres grisâtre -du moins, que l'on ne peut imaginer autrement- et froid, cruel et étonnamment sordide. Les personnages, ici, ne sont que prétextes, réceptacles. Ils subissent. Et puis, Winston écrit un peu, il ressent, il se soustrait et se marginalise. Bien sûr, il est rattrapé, et définitivement. Entre temps cependant, Orwell a l'occasion de donner corps à une histoire d'amour entêtée, certes vouée à l'échec, mais envoutante, charnelle et rude.

Les réflexions foisonnent de tous les côtés, le lecteur est assailli par une telle abondance, sans être pour autant égaré : ce texte revigore la Politique, lui rend tout son sens et nous rappelle son importance, de manière crue mais appropriée.
En effet, Orwell dépeint dans ces pages le totalitarisme ultime -car j'ai beau y réfléchir, je n'imagine pas pire situation. Tout y est : idéologie imposée -l'Angsoc-, confusion des pouvoirs entre les mains d'une classe supérieure minoritaire -le Parti intérieur-, guerre ininterrompue entre voisins, élimination des opposants au système... Mais, au delà de ces éléments somme toute ordinaires (sic), le roman décrit le lavage de cerveau suprême, définitif. Celui-ci commence, comme de bien entendu, dès la petite enfance. La propagande est de rigueur par le biais d'une désinformation institutionnalisée : le personnage principal fait parti du ministère  chargé de rectifier les événements passés pour que jamais ceux-ci n'entrent pas en confrontation avec ce qu'entendent les habitants de l'Oceania. C'est là qu'entre en scène le concept de doublepensée : comme il n'existe plus aucune référence, que celle produite par le Parti, qu'il n'y a plus de passé, qu'un présent qui s'étend sans s'étioler, le sens logique peut s'envoler puisque toute vision n'est en réalité qu'une perception, et qu'il n'y a aucun moyen ne serait ce que d'effleurer le réel. 2+2=5. "La liberté, c'est de dire que 2+2=4", écrit Winston car il existe un endroit où 2+2 font 4, qu'importe que le Parti prétende que 2 et 2 font 5. Dès lors, on oublie quand le Parti le veut bien, on pense que 2+2=5 et, pour clôturer le tout, on oublie que l'on a oublié. Le tour est joué. Comment peut-il en être autrement ?
Autre manifestation de cet embrigadement : la création de la novlangue qui permettra d'appauvrir la langue anglaise -dans un souci d'efficacité- et d'empêcher le crime par la pensée -la critique en pensée de l'Angsoc. Ce dernier peut être repéré par le biais du télécran qui diffuse une propagande continue et qui permet de surveiller les membres du Parti jusque chez eux. Où la technologie se met au service d'un État totalitaire. Un cauchemar troublant que 1984.

Cette chronique est un peu foutraque et je m'en excuse car 1984 est tout le contraire. Cela ne doit pas vous faire oublier le principal : que 1984 est la contre-utopie ultime, une contre-utopie d'une force extrême et tout à fait troublante. Un texte d'une intelligence rare qui a le mérite de remettre les idées en place. Un texte essentiel, donc.

Posté par oranee à 22:29 - Science fiction - Commentaires [0] - Permalien [#]

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