What a glorious day !

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30 juillet 2008

"Les autres" d'Alice Ferney

ferneyLes autres est le dernier roman d'Alice Ferney, publié en 2003 chez Actes Sud.
Le pitch est le suivant : Théo fête ses vingt ans auprès de sa famille et de quelques amis proches. Son grand-frère lui offre un jeu de société qui va leur faire révéler peu à peu les personnalités de chacun, mais aussi leurs secrets et leurs mensonges.

La première idée qui m'est venue à l'esprit à la lecture de la quatrième de couverture est que tout cela était un brin périlleux : un huis clos est quand même loin d'être anodin, c'est une démarche assez risquée, peu s'y frottent. Mais j'avais une idée en tête, je voulais absolument découvrir cette auteure et ses autres romans ne m'inspiraient guère. J'ai donc commencé cet ouvrage et découvert sa construction en trois parties, chacune d'entre elle narrant les péripéties d'une même soirée sous un angle différent. Ici aussi, je me suis dit que cette idée était franchement casse gueule. Mais j'ai surmonté cela, j'ai continué. A la fin de la première partie qui retrace les divagations de chaque personnage durant la fameuse soirée, je me suis vraiment demandé si Alice Ferney avait délibérément souhaité saboter son roman.
Mais j'ai continué, il m'en faut bien plus pour me persuader de ne pas terminer un livre. Et, au final, bien m'en a pris, car il faut avouer que malgré tout cela, Alice Ferney ne s'est pas trop mal débrouillée. Ou, plutôt, elle a grandement limité les dégâts.

Pour commencer, la plume de Ferney, bien qu'un peu bavarde, m'a semblé plutôt attachante. On ne peut décemment pas attaquer l'auteure sur ce point : quand bien même son style manque de puissance, Alice Ferney, sur la durée, écrit tout de même très bien. Sans cela, cette fameuse construction en trois parties susmentionnée apparaîtrait bien vaine.
En ce qui concerne celle-ci justement, elle est au final plutôt bien amenée. Même si les trois parties sont de fait assez inégales, elles ont un véritable intérêt :  les versions se croisent, se confondent, se contredisent, perfectionnent, se complètent, permettent une évolution... C'est donc vraiment bien trouvé de la part de l'auteure. Si la première partie est assez dispensable car elle perd le lecteur au fur et à mesure que les narrateurs se substituent les uns aux autres à un rythme bien trop effréné, la deuxième et, surtout, la troisième s'enchaînent sans déplaisir aucun. Dans la dernière partie, la narration est surtout axée sur des personnages féminins -Moussia ou Fleur- qui prennent alors toute leur consistance.

Parlons-en d'ailleurs des personnages : ceux-ci sont pour la plupart assez charmants, certains sont presque captivant. Même ceux qui, au départ, m'apparaissaient assez insignifiants -Théo, Estelle et, comme je le disais, Moussia et Fleur- deviennent plus travaillés par la suite.

En ce qui concerne le fond, le moins que l'on puisse dire est que ça n'arrête pas de parler, de tout, et surtout de rien. Passons sur le fait que ces petits jeunes s'expriment comme des cinquantenaires clinquants et sur le côté très Loft Story de l'intrigue -Machin a couché avec Truc car Bidule ne voulait pas de Machin. Car l'objet principal de tout ce fatras est l'étude des mœurs de quelques jeunes bien nés s'introspectant sans cesse sans jamais vraiment toucher du doigt l'essentiel. Je me rends compte à la relecture que je suis peut être un peu dure : cette réflexion sur les mœurs humaines est juste un peu brouillonne et inconsistante, voilà tout.
L'argument choc est le suivant : on ne sait jamais vraiment rien, ni sur nous, ni sur les autres. Mais pas seulement : l'auteure n'aurait tout de même pas pris la peine d'écrire un livre pour si peu -enfin, j'espère. Ses personnages un bien torturés nagent tous en pleine réflexion : il y a donc bien sûr d'autres fils directeurs, mais j'avoue avoir lu Les autres il y a plus d'une semaine et je ne me souviens déjà plus de ceux-ci. Ce qui prouve bien que l'ouvrage en question ne marque pas au feutre indélébile son lecteur. Ou bien que je ne suis pas très attentive. Enfin, ce dont je me rappelle, c'est qu'Alice Ferney enfonce beaucoup de portes ouvertes, sans jamais -ou, du moins, rarement- entamer de réflexion poussées et intelligentes.

Reste la jolie plume d'Alice Ferney qui me fera sans doute revenir à elle prochainement. C'est vrai, quelques bonnes idées surgissent ici et là, mais, mis à part la construction tout à fait adéquate, ce roman n'est rien de plus que de la psychologie de bas étage. Enfin, de moyen étage. J'essaye d'être plus mesurée dans mes propos la prochaine fois.

Posté par oranee à 19:31 - Roman français - Commentaires [2] - Permalien [#]

Commentaires

    Je l'ai beaucoup aimé celui-là pour ma part. C'était aussi mon premier Ferney. Depuis, j'ai lu "Paradis conjugal", que j'ai bien aimé, mais qui est objectivement très maladroit (elle raconte un film que j'ai découvert et adoré grâce à elle, mais qui lui fait s'écarter de son propos).

    Posté par Lilly, 28 février 2009 à 12:44
  • Il faudra que j'aborde un peu le reste de sa bibliographie, certains titres m'attiraient particulièrement, mais pas du tout celui dont tu parles, curieusement.

    Posté par oranee, 28 février 2009 à 14:27

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