What a glorious day !

--

28 octobre 2008

"En attendant Godot" de Samuel Beckett

godotVoilà une pièce qui a fait -et qui fait- l'unanimité ! A tel point qu'on est en droit de se demander comment En attendant Godot de l'irlandais Samuel Beckett est devenu un classique du théâtre moderne. Qu'il reste dans l'imagination collective un summum de l'absurde passe encore, mais de là à proposer un extrait de la pièce à commenter pour les épreuves du bac, ça laisse songeur. Voilà bien un des écrits qui se prête le moins à ce type d'exercice, si tant est qu'il en existe.
Qu'importe, En attendant Godot est un sommet de l'audace, personne ne peut le nier. Seulement, l'audace n'est que très peu récompensée, sauf exception notable. C'est le cas ici : ce cher Beckett reçut le prix Nobel en 1969.

Il faudrait d'abord se demander de quoi ça parle. Ça marche comme ça une critique. Ou comme on veux d'ailleurs, mais en général ça se déroule ainsi. Et c'est là qu'on se rend compte qu'En attendant Godot ne se prête pas à ce petit genre d'amusement. On ne peut pas le critiquer comme on le ferait du premier venu. Parce que cette pièce se base sur une idée avant d'être mise en branle par des mots. En attendant Godot, ça ne raconte rien, ou tout. C'est deux types. Qui attendent. Un autre type. Qui s'appelle Godot. La pièce est formée de deux actes qui ne retranscrivent que du rien, des conversations échaudées entre deux SDF pathétiques.

Beaucoup y ont vu l'humanité entière, avachie sous un arbre qui perd ses feuilles en l'espace d'une journée. Selon eux, sont retranscris ici  ses préoccupations primaires, cette attente inlassable de quelqu'un qui n'arrive pas. Gâchons le suspens -tout à fait insoutenable par ailleurs ! Il n'arrivera pas. Oui, soyons vains jusqu'au bout. Elle cherche un sens, qui n'existe pas. Le lecteur aussi. L'idée rejaillit soudain, suite au détour lointain dans lequel s'engage nécessairement ce dernier. En attendant Godot est un texte qui n'a pas de sens, ou qui les a tous, qui les regroupe : on réfléchit sur des questions dont on ne peut obtenir de réponses satisfaisantes. Sans doute parce qu'il n'y en a pas, fin de l'interrogation.

Quand on se penche sur cette pièce, absolument nauséabonde esthétiquement parlant, on ressent l'effet qu'elle produit et les réflexions -d'autres, qu'en dirait Sam ?- qu'elle génère. En attendant Godot fut en ce qui me concerne un souffle nouveau, un mode de pensée au prisme duquel il a fallu se réadapter. On ne peut critiquer, commenter ou décrire cet ouvrage : sa force tient dans sa perception, à chaque fois différente, et toujours aussi riche. Pas mal pour un texte souvent illisible et quasiment toujours rébarbatif, voire ingrat !

En attendant Godot n'est pas agréable à lire. On s'ennuie souvent. On cherche des sens cachés partout. Mais la réflexion qui s'ensuit rend cette pièce intellectuellement essentielle, d'une richesse et d'une pauvreté assourdissante. Le paradoxe ultime narré par quatre asociaux. Ou pas.

Posté par oranee à 12:34 - Théâtre - Commentaires [0] - Permalien [#]

Commentaires

Poster un commentaire