What a glorious day !

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16 mai 2009

"Les Hauts de Hurlevent" d'Emily Brontë

hurleventDes trois sœurs Brontë, c'est Emily -autant que je m'en souvienne- qui m'a toujours le plus intriguée : dans mon imaginaire, je la voyais marcher seule dans la campagne anglaise, sauvage, dure, fière, et surtout en dehors de toute norme. Pourtant, je me souviens bien que je n'avais pas vraiment apprécié son unique roman. Les Hauts de Hurlevent m'avait cependant laissé un souvenir vivace qui me permettait alors de dire ce qui s'y passait avec précision, ce qui n'est assurément pas le cas de bon nombre de livres parcourus à la même époque.
Je ne l'avais jamais relu depuis, j'avais en moi ce sentiment de terreur à l'idée de le reprendre, allez savoir pourquoi. Je m'y suis cependant attelée ces derniers jours, avec véhémence et appréhension. Je n'arrive pas encore à démêler les fils -sans doute inextricables- de cette relecture, et j'espère que ce billet me permettra d'y mettre un peu d'ordre.

Parlons d'abord de la forme, puisque c'est si important. Il se trouve que c'est une des forces de ce roman, que ce soit en terme de narration ou de style.
L'utilisation d'un narrateur extérieur et témoin des événements donne au roman un rythme frisant la perfection : on n'y trouvera aucun temps mort ni aucun passage superflu. Tout se lit, avec une égale admiration. Et c'est assez rare pour le souligner. Cette fluidité dans le récit, ce langage violent mais châtié, à l'image de ses personnages ne cessent, avec une évidence rare, de me ravir.
Si les débuts de ma lecture furent un brin difficiles, une fois installée, l'intrigue oblige son lecteur à y revenir sans cesse. Difficile de ne pas lâcher cet ouvrage, dans ce contexte : j'étais dans cette région reculée, et,  à l'image de Mr. Lockwood, je voulais assister à ces hargneux événements, faire le chemin qui sépare encore et encore Hurlevent et le Manoir de la Grive, faire le lien entre deux maisonnées intrigantes  et opposées -je ne suis pas encore bien revenue de cette lecture, comme vous le voyez.

L'intrigue des Hauts de Hurlevent est connue : Heatcliff est un enfant recueilli par Mr. Earnshaw à Hurlevent où son arrivée va bouleverser le fils de ce dernier, Hindley et sa jeune sœur Cathy.
Les Hauts de Hurlevent, c'est aussi l'amour passionné de deux êtres que tout unit, dont chacun, dans un élan ne supportant aucun obstacle se reconnait et se côtoie, voire se volatilise, toujours avec une égale netteté et une constance qui laisse pantois. Deux êtres qui s'assemblent au delà de toutes les cases où on voudrait bien les enfermer, deux êtres qui seront séparés lors d'une étrange danse, sans qu'ils y pensent vraiment, trop assurés qu'ils sont d'être l'un ou l'autre à volonté. Deux être enfin, colériques et lunatiques, à l'image du milieu qui les entoure, qui font toute la différence et qui s'emporteront, nécessairement, vers la folie et la rage.
Et notamment de la part de Heatcliff qui mettra tout en œuvre pour posséder ce qu'on lui a ravi, ces demeures qui l'ont rejeté, au nom de ce qu'il a perdu et de ce qui s'est, par là même, éteint. Il est certain qu'il est le personnage le plus emblématique de ce roman, dans sa passion, dans sa constance dans la vengeance, par ses actes aussi. Il est le bad guy ultime, déjà en place depuis le XIXème siècle.
A ses côtés, les autres personnages, mêmes secondaires, sont loin de faire pâle figure : tour à tour détestables et victimes, à l'image de Heatcliff, ils sont sans conteste foisonnants, et difficiles à appréhender.

C'est peut être en ça, je m'en rends compte, que ce roman m'avait déplu : au contraire des romans de ses sœurs, Emily Brontë nous montre des personnages amoraux, profondément détachés des conventions et bien moins simplistes. Peut être n'étais-je pas encore à même d'en apprécier la consistance et la saveur, sans doute que le fait de ne pas vraiment parvenir à m'attacher à ces personnages a aussi compté.

Les Hauts de Hurlevent laisse songeur, les propos et les drames qu'il contient donnent à réfléchir -les fantomes y veillent- et le lecteur ne peut qu'y revenir, encore et encore, et en garder un souvenir impérissable, nécessairement.


Commentaires

    Ma lecture de ce livre remonte moi aussi a bien des années (je ne préfère pas compter d'ailleurs...), pas assez pour ne pas me souvenir de l'intrigue qui m'avait tant marquée, mais suffisamment pour en avoir oublié le style. A relire donc...

    Posté par Ys, 17 mai 2009 à 08:24
  • Un livre que j'aime à la folie ! Tu as bien fait de le relire ;o)

    Posté par Lilly, 17 mai 2009 à 09:51
  • Ys : C'était exactement pareil pr moi, je ne me souvenais pas à quel point le style était réussi !

    Lilly : Je sais bien que tu l'aimes à la folie, j'avais bcp aimé ton billet, d'ailleurs !

    Posté par oranee, 17 mai 2009 à 13:34
  • C'est un de ces livres qui m'ont marquée à l'adolescence, dont je garde un souvenir brumeux mais enthousiasmant et que je compte relire. J'ai lu assez récemment "Agnès Grey" de sa plus jeune soeur Anne, et à Emily j'avais préféré le "Jane Eyre" de Charlotte Brontë. J'aime la littérature victorienne, c'est mon refuge (pas tout à fait) secret, et ce livre est sans aucun doute l'un des plus beaux de cette période.

    Posté par Lou, 25 juin 2009 à 15:45
  • Tu as fichtrement raison ! Sauf que de toutes, c'est bien Emily qui me fascine le plus, les romans d'Anne m'ennuient un peu. Ceux de Charlotte, par contre, m'enchantent, mais même dans "Jane Eyre", il n'y a pas cette folie furieuse, ce je ne sais quoi qui fait qu'un livre vs fascine !

    Posté par oranee, 04 juillet 2009 à 18:13

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